Du terrible été 1792 jusqu’à l’avènement du médiocre Directoire de 1795, la convention connaitra son apogée pendant le règne de la terreur en 1794.
Le contexte :
La commune insurrectionnelle de Paris commencée le 20 juin 1792 (le Roi boit un verre de vin avec le bonnet rouge sur la tête), prend d’assaut les Tuileries le 10 aout suivant (massacre de la garde suisse) et contraint la jeune assemblée législative à décréter l’élection au suffrage universel d’une convention nationale chargée de donner de nouvelles institutions à la France. L’assemblée législative et ses espoirs de monarchie constitutionnelle ont déçu (fusillade du champs de Mars, fuite du Roi, etc.). Cette journée du 10 aout 1792 est considérée comme la seconde révolution par beaucoup d’historiens. A partir de ce moment, sous la pression des sections parisiennes, le roi est appelé à disparaître, emportant avec lui plusieurs siècles de tradition royaliste.

La commune insurrectionnelle
Elections de la nouvelle convention :
Six semaines d’instabilité politique, ponctuées de massacres (dits de « septembre »), vont précéder la réunion de la première Convention le 20 septembre 1792. Sous le contrôle de la commune insurrectionnelle de Paris qui concentre le vrai pouvoir, les élections vont voir une faible participation due principalement à l’intimidation et à l’indifférence. Pas mieux dans certaines provinces à dominante royaliste. Dans les 2 cas, les élections étaient généralement perçues comme une « affaire dont il valait mieux ne pas se mêler ». Elles seront entachées de très nombreuses irrégularités.
Les élus de la convention
L’ambiance et l’abstention marquée aux élections expliquent la très forte représentation de la « Commune de Paris» à cette nouvelle assemblée appelée Convention. Les 749 députés, se répartissaient grossièrement en 160 girondins, 200 montagnards et 400 « centristes » (appelé également Marais ou Plaine). Il est à noter également que sur ces 749 élus, 260 étaient issus de la Constituante ou de la Législative, ce qui illustre la « continuité du personnel révolutionnaire ». On reste dans un parlement à chambre unique qui concentre tous les pouvoirs.
Girondins contre Montagnards
Une lutte farouche va opposer les Girondins cherchant leurs appuis dans la bourgeoisie de province aux Montagnards soutenus par les clubs parisiens. Jusqu’au 10 aout 1792, le pouvoir Royal focalisait et faisait tampon entre les leaders respectifs Brissot et Robespierre. A partir de cette date, faute d’exutoire Royal, la convention va se lancer dans une autoépuration sanglante qui fauchera les uns et les autres par un sordide balancier.
Traditionnellement, on distingue 3 périodes dans la Convention :
20 septembre 1792 au 6 avril 1793
La première séance s’ouvre par la proclamation de l’abolition de la royauté. Quelques mois plus tard, on votera la mort du Roi (21 janvier 1793, sur l’actuelle place de la Concorde) avec la conséquence de souder les pays européens contre la France. Les échecs militaires infligés par cette coalition nécessitent la levée en masse (par tirage au sort) de 300000 hommes, provoquant des révoltes dans les provinces. Le recrutement par « tirage au sort » semble plutôt attiser la grogne des paysans pour les raisons qu’on imagine facilement. En réaction, la Convention enclenche son escalade dans la terreur en votant une loi permettant l’exécution sommaire de tout rebelle l’arme à la main.

Execution de Louis XVI
6 avril 1793 au 5 avril 1794
Les 21 Comités de la Convention manquent de coordination et le Comité de Défense Générale, créé un peu plus tard, n’y changera pas grand-chose. Le besoin d’un Comité Central s’est fait sentir en dépit d’une méfiance naturelle envers l’exécutif. La création Comité de Salut Public chargé d’accélérer « le train de la révolution » est décrétée le 6 avril 1793. Les Girondin soupçonnés de mollesse pendant la guerre de Vendée sont obligés d’accepter ce Comité appelé à délibérer en secret. Un premier coup de massue tomber sur ces derniers, le 2 juin 1793. A l’appel de Robespierre, très populaire, la convention voit déferler une foule de 80000 hommes: 29 députés Girondins sont livrés par le parlement et arrêtés.
La Gironde décapitée, la Montagne va continuer son œuvre jacobine dont son emblématique constitution de L’an I. Une constitution exemplaire et trop «parfaite» pour être appliquée : suffrage universel, mandats d’élus courts, tous les pouvoirs au législatif, etc.. La terreur s’intensifie avec des mesures économiques sévères contres les « accapareurs » de denrées et pour le contrôle des prix. A ce moment, le balancier retombe sur les Montagnards jugés « impurs » par trop de zèle (Hébertistes) ou trop modérés (Danton et les siens). Robespierre, maitre incontesté du comité de salut public, devient chef du désormais seul parti autorisé, le club des jacobins.
Du 5 avril 1793 au 27 juillet 1794
La peur règne à l’assemblée. Bien qu’il n’ait aucun titre, ni aucune prérogative en ce sens, Maximilien Robespierre règne en maitre absolu. Pouvoir reposant sur les victoires, la terreur et la vertu. Auréolé de victoires militaires obtenues par des jeunes officiers talentueux, un consensus reconnaît son action dans la sauvegarde de la nouvelle patrie. La terreur est appuyée par le tribunal révolutionnaire et les tribunaux d’exception qui amènent les prévenus des 4 coins de la France, pour une seule peine prévue : la mort. Et enfin, la vertu sorte de religion chrétienne sans christianisme qui imposera son dogme à coups de guillotine. Le 8 juin 1794, Robespierre connaitra la consécration en présidant la fête de l’être suprême. Ce jour là, bouquet et épis de blé à la main, il ne sait pas encore que le balancier infernal de la révolution va retomber de tout son poids sur l’oracle des jacobins.
9 Thermidor - La fin de Robespierre
Le pays a « la nausée de l’échafaud ». Les victoires militaires ne semblent plus justifier la terreur. La fête de l’être suprême « passe mal » dans les rangs. Le Marais qui, ne l’oublions pas, compte près de 400 députés sur 745 (au départ), est réveillé de sa torpeur par quelques terroristes qu’on pourrait appeler hommes de pouvoir s’ils n’étaient avant tout des hommes concupiscents et avides (Fouché, Barras, Fréron, Tallien, etc.) qu’ont retrouvera pour certains jusqu’à la restauration de Louis XVIII, 20 ans plus tard. La mort de Robespierre marque le début de la décrue révolutionnaire.
La fin de la convention
A partir de ce 27 juillet 1794, s’amorce une réaction dite thermidorienne par les historiens. Les centristes du Marais appelés à l’aide par les Jacobins ensanglantés ont repris confiance en leur force mais sont peu résolus à poursuivre l’escalade révolutionnaire, bien au contraire. Démantèlement du gouvernement révolutionnaire et décapitation du comité de salut public marquent rapidement leur intention de rupture…avec la révolution. La mythique Constitution de l’An I est balayée (sans avoir pu être appliquée) au profit d’une nouvelle Constitution de l’An III qui prévoit obligatoirement la reconduction de 2/3 des députés en place. Bel esprit de démocratie qui contribuera à l’image détestable des thermidoriens dont l’histoire retient davantage la médiocrité que l’œuvre qui fera le lit du généralissime corse, après la non moins piètre transition du Directoire.





